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LES CORPS IMPRODUCTIFS

TRILOGIE DE PERFORMANCES

À travers trois performances scéniques, je reviens sur la même question centrale : que fait un corps lorsque le monde lui en demande trop ?

La trilogie aborde le néolibéralisme non pas par le biais d'un argumentaire discursif, mais à travers le corps lui-même — sa fatigue, ses refus, sa résistance irréductible à la standardisation. Chaque pièce aborde le culte de la productivité sous un angle différent, proposant une forme distincte de résistance. Mais un même intérêt de recherche traverse les trois pièces : comment percevons-nous le corps humain par rapport à ce qui l'entoure — et que révèlent ces relations sur la manière dont la société capitaliste s'organise ?

Ces relations ne sont pas anecdotiques. Elles sont structurelles. Le capitalisme ne se contente pas d'exploiter le travail humain : il façonne également les espaces que les corps sont autorisés à occuper, détermine quelles vies sont considérées comme productives et étend sa logique d'extraction tant aux autres êtres vivants qu'à la technologie. Notre environnement bâti — nos villes, nos infrastructures — est conçu autour du corps normatif ; les êtres vivants sont instrumentalisés selon les mêmes impératifs de productivité qui régissent les travailleurs humains ; et la technologie est développée, avant tout, comme un outil d'optimisation et de contrôle.

 

Dans chaque œuvre de la trilogie, le non-humain — l'architecture, l'animal, la machine — entre en scène non pas comme une métaphore, mais comme un miroir : renvoyant l'image des structures qui déterminent quels corps comptent, et dans quelles conditions.

     A Performance is a Long Quiet River (2021)

    Forme de résistance : se réapproprier l'ennui, accepter la passivité comme une manière active d'agir sur notre environnement.

Ici, le non-humain, c'est le monde construit par l'humain — l'architecture, les infrastructures, l'espace — conçu pour certains corps et non pour d'autres. Tous les corps ne se déplacent pas dans le monde avec la même liberté, et l'environnement qui nous entoure rend cette inégalité visible.

    Suddenly, a Sloth Crosses the Street (2023)

    Forme de résistance : s'entraîner à la désobéissance, s'inspirer du vivant.

En dialogue avec le non-humain : l'animal de cirque et le paresseux. Ici, le non-humain, c'est le monde animal. Plus précisément, le dressage animalier — à travers lequel nous avons développé une chorégraphie de l'obéissance — mis en dialogue avec le paresseux à trois doigts, cette créature magnifique pour qui la lenteur n'est pas une défaillance mais une manière d'être complète et souveraine. Sur scène, les interprètes résistent à leurs propres impulsions, à l'appétit de l'industrie du spectacle pour la virtuosité et la conformité, et à l'idée même qu'un corps doit être performant pour avoir de la valeur.

    My Freedom Is Your Distorted Gaze (2026)

    Forme de résistance : refuser d'être optimisé.

Ici, le non-humain, c'est la machine — non pas comme un outil neutre, mais comme un miroir qui renvoie les standards à l'aune desquels les corps sont mesurés et jugés insuffisants. L'algorithme ne ment pas : il rend simplement visible ce qui a toujours été là — l'exigence d'un corps qui performe, se conforme, et ne tombe jamais en panne.

Un corps qui bouge est un corps qui danse, personne n’a la légitimité de dire ce qui est ou n’est pas un corps apte à danser. Suis l’ennui sans jugement. Cultive l’empathie pour créer du lien. N’aie pas peur des idées radicales, mais ne poursuis pas la radicalité. L’expérience humaine est universelle. Condamne l’inaccessible. Ne crée pas pour te placer au-dessus de celle qui reçoit ton travail, l’art n’est pas une célébration de ses créateur.ices

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